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UNE FAMILLE EN JORDANIE #FamilyinJordan

Voyage, découverte, conseils...Parce que la beauté du monde est dans l’œil de celui qui regarde...Travel, discovery, advice...

UNE FAMILLE EN JORDANIE             #FamilyinJordan

Quand tout va mal…Tout va bien. Divagations bédouines autour d’un accident et d’un vol.

Cette semaine, j’ai assisté à un accident en banlieue d’Amman. Il y a quelques semaines, une de nos connaissances s’est fait voler son sac, en pleine rue, dans la capitale de Jordanie.

Quel rapport entre les deux? Pourquoi écrire sur ces deux plans galères? Que l’on soit un touriste préparant son voyage, ou un expat vivant içi, on n’a pas vraiment envie de lire des faits divers sur un blog dédié au voyage…D’autant que pour les aspects pratiques d’un accident (police, constat, passage au tribunal…oui, oui..), on a déjà coché la case voici quelques mois, et on estime que cette expérience nous a suffit, merci. :-).

Alors, quel intérêt à ouvrir une rubrique « chiens écrasés » sur ce blog?

Peut-être qu »il y en a un, en fait. Probablement, une société se dévoile aussi, mais différemment, dans des moments moins sympas. Certainement, observer la façon dont les jordaniens gèrent les situations délicates, apporte quelques clés de compréhension. Et peut-être, cette expérience servir de miroir sur notre propre société?

Déjà, pour les âmes sensibles, rassurez-vous. Les deux incidents se sont tous les deux bien terminés, sans conséquence physique. Reprenez donc tranquillement votre lecture, le récit ne va se poursuivre sur un mode « Stephen King ». 🙂

Un accident, « comme dans un film »

Banlieue Nord d’Amman, une quatre-voie, début d’après-midi. Vitesse limitée à 80 km /h, trafic très fluide, une petite dizaine de voiture circulant mollement sous la chaleur jordanienne de juin. Une berline noire débouche à quelques centaines de mètres, sur la voie opposée Conducteur seul, probablement occupé à textoter, ou, qui sait, peut être concentré à regarder notre nouvelle chaîne YouTube 🙂 ). En tout cas, un conducteur peu préoccupé par l’objet principal de sa présence dans sa voiture, à savoir : conduire son engin (et regarder la route, accessoirement). Moi, dans mon pick-up, discutant avec mon passager jordanien.

Un virage serré à droite se rapproche pour nos deux voitures, mais heureusement pour nous, un terre plein central sépare les voies. Et là, à 200 mètres avant que l’on se croise, paf : l’accident bête, comme dirait Audiard. Je vois distinctement le véhicule faire un bête « tout-droit ». Nuage de poussières, capot enfoncé sur les plots centraux en béton, pièces de plastique volant tout autour de l’impact, début de tonneau, retour à l’horizontale, têtes à queue, crissement de pneus, fumée blanche. Voiture arrêtée au milieu de la route,

Moi, ayant ralenti, essayant de naviguer sans encombre entre les débris qui jonchent la route. But: se garer après le lieu de l’accident pour éviter le sur-accident, comme on nous a appris à l’école. Se protéger, protéger les autres, prévenir…

Mais en Jordanie, ça ne fonctionne pas comme ça. En Jordanie, on gère l’urgence, tout de suite. Immédiatement, et sans recul sur le reste. C’est leur plus grande force, et une de leur grandes faiblesses.

Quelques instants après l’accident, j’aperçois déjà 3 personnes courant vers la berline alors qu’elle n’a pas encore fini de se stabiliser après son dérapage. A ce stade, mon passager à déjà mis de lui-même les warnings (en fait, il l’ a fait moins d’un 1/4 seconde après l’impact ! )

5 secondes après, après avoir à leur tour pilé (nouveau crissements de pneus), les conducteurs des 2 voitures suivant la berline et leurs passagers surgissent en courant, portières laissées ouvertes, pour porter secours à l’occupant. De mon coté aussi, les voitures s’arrêtent sur place, sans prendre la peine de se mettre sur le bas coté. J’évite de justesse des jeunes qui passent en courant à 2 mètres devant mon capot, obnubilés par la voiture stoppée de l’autre coté du terre-plein.

10 secondes après, je suis passé, je me mets sur le bas coté, je farfouille  ma boite à gants pour en sortir mon gilet fluo et essayer de trouver un triangle.

Je sors de mon pick-up. On doit en être maintenant à une trentaine de secondes après l’accident. Devant moi, la scène : au bas mot 10 voitures, bus camions (et, oh, miracle, un camion de pompiers ! ), stoppés anarchiquement, avant ou après la voiture accidentée. Une bonne vingtaine d’hommes autour de la voiture, dont le conducteur s’extirpe tout seul, vaillant et pas blessé, 20 hommes et ados continuent d’arriver en courant. Vivas de la foule. Des pompiers, des militaires, et même le scintillement d’une patrouille de police, la bas au loin, se rapprochant…Visiblement, tout va bien, et il y a peut d’intérêt à ajouter une quarante-et-unième personne à ce maelström bédouin. Je regarde le gilet jaune dans ma main. Je me dis que j’ai du louper un truc. Je remonte dans ma voiture. J’échange un regard amusé avec mon passager. « Welcome to Jordan ! « . On se marre. Je repars.

La leçon du jour sera qu’ici, porter assistance importe vraiment, et peut-être même davantage que de se savoir soi-même en sécurité. En France, la personne aurait probablement aussi été secourue, mais en gérant d’abord sa propre sécurité, et celle des autres.

Les réactions observées ici sont erratiques, elles ne servent à rien, elle ajoutent au danger, elles sont contre-productives »?

Peut-être. et gardons-nous des généralités. Mais en attendant, chacun ici saura, que lorsqu’il est en danger, il pourra compter sur les autres pour s’enquérir de sa santé et l’aider, et ce, en moins de temps qu’il ne faut pour dire « assistance à personne en danger ». Et ça, comme dirait la pub, « ça n’a pas de prix ».

Un vol de vrai loser.

Changeons de contexte. Il fait nuit, il est 22h30 , nous sommes au cœur des beaux quartiers d’Amman. Fin de soirée pour deux amies, qui rentrent à pied, « comme d’hab » ! 🙂 . Et là, événement tout à fait improbable en Jordanie, même à Amman, dans cette ruche de 3 millions d’habitants : un vol à l’arrachée, dans une ruelle sombre!

Ici en Jordanie, on ne coupe pas la main des voleurs, mais on ne plaisante pas non plus avec l’honneur : ni une ni deux, le « baouab » égyptien du coin (le gardien de l’immeuble) ayant vu la scène, course le voleur. Ce faisant, il alerte des passants, qui alertent des conducteurs, qui alertent des passants, qui alertent des conducteurs, etc…(L’avantage, dans ce pays, c’est que tout le monde roule avec les fenêtres ouvertes).

Tel un ailier français buttant sur un arrière Neo Zélandais en rugby, l’échappée du voleur à la tire aura duré assez peu longtemps : on finit toujours par tomber sur un os, ou sur quelqu’un qui sait vous arrêter. Maudissant sans doute intérieurement cette société dans laquelle les gens choisissent bizarrement d’intervenir plutôt que de subir, le malfaisant se délesta très rapidement du sac qu’il venait de saisir, en le jetant sous une voiture. Pour se débarrasser de la preuve? Parce que le sac le ralentissait? Ne le voilà plus qu’avec un smartphone volé dans la main, puisqu’il a tout de même eu le temps de fouiller le sac à main dans sa petite fuite en avant.

Moins de 200 mètres plus loin, il remit le dernier objet volé aux 2 hommes qui l’avaient stoppé. Ensuite, comme le diraient les fans de Usual Suspects:  « pffiup….il disparaît ».

Et mon amie, de se voir remettre par les jordaniens son sac, son téléphone….

Quel enseignement tirer de ce deuxième événement moins spectaculaire, mais aussi plus brutal?

D’abord, et les expatriés vivant en Jordanie le savent, qu’Amman restent une grande ville de 3 millions d’habitants, avec des gentils, des méchants,…et une situation socio-économique qui est ce qu’elle est (c’est à dire pas brillante). Et comme on est VRAIMENT en sécurité les 99% du temps, on finit même par oublier que très rarement, on peut ne pas l’être. On est donc moins sur ses gardes, et tant mieux, en fait.

Ensuite, qu’ici, l’effet « témoin » n’existe pas. Vous savez, le syndrome du spectateur? Celui qui inhibe les réactions, parce dans une foule, chacun se dit que l’autre est plus compétent pour intervenir? En Jordanie, on intervient plus souvent qu’à son tour quelles que soient les circonstances, on est indisciplinés, on ne respecte pas l’ordre, on cherche à passer devant les autres, etc, etc…Mais quand on doit réagir…On réagit!

Est ce motivé par un vrai souci de bien-être envers l’autre? Peu probable. Après tout, quand on double dans la moindre file (sport national içi), quand on est tout sauf courtois au volant, au fond, on s’en fiche un peu, que l’autre se sente bien, ou non.

Est-ce une question d’orgueil , de code d’honneur? Peut-être se rapproche-t-on de la vérité. La liberté d’actes et de paroles ne signifie pas que l’on ne doit pas respecter les règles.

Et au fond, est-ce si important de savoir pourquoi on perçoit que lorsque l’on aura un souci, on sera vraiment aidé?

Sans doute pas. Ne retenons que quelques mots-clés de ces deux leçons de vie, dont je ne suis pas sûr qu’ils aient été les mêmes ailleurs:  sérénité,  esprit de corps, honneur, absence de calcul, voire de peur.

Et vous, quelles sont les réactions que vous observeriez dans des circonstances similaires, là où vous vivez?

Salaam !!


la photographie d’ouverture n’a pas grand chose à voir avec le sujet? Si, en fait. Elle représente une rencontre entre Bédouins, symbole de cohésion et de partage. Elle est extraite de la merveilleuse collection de Kelvin Bown, visible  sur sa page facebook reawakening the Past.

 

 

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2 Replies to “Quand tout va mal…Tout va bien. Divagations bédouines autour d’un accident et d’un vol.”

  • Bravo pour la rédaction de cet excellent article,et réconfortant entre nous tu as du un peu baliser.Tu m’en reparleras

    • Dans une ville de 3 millions d’habitants, il se passe des choses bien, et des choses moins bien ! Nous en retenons surtout l’expérience humaine enrichissante, puisqu’il y n’y a rien de grave au final:-)

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